
Je vous propose un très beau texte de Christophe Van Kerrebroeck
Sur le chemin du retour, je me suis arrêté sur le barrage et j'ai regardé l'eau couler. Comme souvent, il y avait des ballons, tombé à la Meuse et coincés dans la cascade d'eau.
Régulièrement, le courant, très fort, faisait plonger un ballon, qui ressurgissait quelques mètres plus loin pour revenir ensuite vers son point de départ. Piégé par les turbullences du courant.
Cette image du pauvre ballon qui aimerait bien voguer tranquillement sur les flots mais qui est coincés dans les remous m'a fait penser à la vie.
La vie est un long fleuve tranquille, avec de temps à autre un barrage et sa cascade.
J'imagine qu'on pourrait facilement se noyer en essayant de rester à la surface et en nageant à contre-courant. On s'épuiserait vite et on finirait comme ce pauvre ballon : prisonnier des remous pour l'éternité.
Mais il y a sûrement moyen de s'en sortir. Comment ? En cessant de lutter contre le courant. Ce qu'il faut faire, c'est plonger § La cascade nous pousse sous l'eau, il faut suivre son courant et plonger sous l'eau. Plonger très profond, le plus profondément possible. La cascade forme en surface un tourbillon et l'eau passe par en-dessous. Car l'eau passe, bien entendu. L'eau ne reste pas coincée comme cet idiot de ballon ! Il faut suivre le courant de l'eau et donc plonger sous la surface. En retenant sa respiration, on peut facilement tenir une minute. C'est bien plus qu'il n'en faut pour se retrouver hors de portée du tourbillon mortel ! Mais la plupart des nageurs, saisis de panique, essayeraient de lutter à tout prix, de rester immerger en essayant de s'éloigner des remous. Mais sans cesse ils seraient ramenés par le courant du tourbillon.
Dans la vie, c'est la même chose.
Les barrages avec leur cascade, ce sont les accidants de la vie, les imprévus, les changements, les drames, les chutes, les cassures.
Lorsqu'on est pris dans la tourmente, il ne faut pas se débattre, il ne faut pas essayer de rester sur place ou de revenir en arrière. Non ; il faut accepter les évènements, rester calme, bien respirer... Et puis plonger très profondément. Plonger dans le noir, dans l'inconnu, dans les ténèbres. Se laisser enfoncer. Ne pas aller à contre-courant mais au contraire nager dans le sens du courant. Suivre le cours de l'eau, le cours des choses. En agissant ainsi, on utilise la force du fleuve pour se projeter plus loin. Et soudain tout devient calme... La cascade est loin derrière nous et l'on peut se laisser flotter paisiblement.
Beaucoup de gens passent leur vie prisonniers des remous. Sans cesse ils luttent. Sans cesse ils se retrouvent la tête sous l'eau puis ils parviennent à remonter à la surface. Alors ils respirent un peu, ils se croient peut-être tirés d'affaire mais à nouveau le courant les entraîne vers les remous. Et la lutte recommence. Ca peut durer très longtemps ainsi... Et la vie leur semble une lutte perpétuelle, ils se sentent en permanence submergés par les évènements. Ils font du sur-place. Les poissons, eux, se fichent pas mal des cascades. On n'a jamais vu un poisson coincé dans les remous ! Alors, comment font-ils ? Ce qu'un petit poisson fait, on peut le faire aussi. Il ne faut pas se comporter comme le ballon qui ne sait faire qu'une chose : lutter pour rester à la surface. C'est la peur de se noyer qui est dangereuse. Elle est responsable de bien des noyades !
Christophe Van Kerrebroeck.
http://vankerrebroeck.skynetblogs.be